Du filet de pêche aux podiums de défilé : la seconde vie du nylon, à Clermont

Syntetica et le Centre des Matériaux Durables de Michelin commencent une collaboration pour accélérer l’industrialisation d’une technique pionnière de recyclage du nylon. Syntetica installera son procédé de recyclage dans un environnement industriel propice à son développement, sécurisé et adapté.

Régénération infinie : les secrets industriels du nylon 2.0

Le nylon est une histoire fascinante qui mêle coup de génie scientifique, hystérie collective en magasin et effort de guerre. Le nylon n’est pas juste un tissu : c’est la toute première fibre synthétique de l’histoire de l’humanité, créée entièrement en laboratoire à partir de pétrole, d’air et d’eau.

Le coup de génie de Wallace Carothers en 1935

Au début des années 1930, la puissante entreprise chimique américaine DuPont cherche à créer un matériau capable de remplacer la soie naturelle, très chère et importée d’Asie. Elle confie cette mission à un chimiste brillant mais tourmenté : Wallace Carothers.

 

En combinant des molécules de base, Carothers réussit l’impossible : créer de gigantesques chaînes de polymères (le polyamide 6-6). En étirant cette pâte à chaud, il s’aperçoit qu’elle forme des fils d’une finesse incroyable, mais surtout d’une résistance jamais vue. Le brevet est déposé en 1935, mais Carothers, souffrant d’une grave dépression, met fin à ses jours en 1937, sans jamais voir l’impact planétaire de sa découverte.

 

DuPont dévoile officiellement cette matière magique à la Foire internationale de New York en 1939 sous un slogan percutant : « Aussi fin que la toile d’araignée, aussi solide que l’acier ».

 

La première application commerciale est révolutionnaire : les bas pour femmes. Jusqu’ici, les bas en soie filaient au moindre accroc et coûtaient une fortune. Le 15 mai 1940, jour du lancement national aux États-Unis (resté dans l’histoire comme le Nylon Day), c’est l’hystérie. Les magasins sont pris d’assaut et 4 millions de paires de bas s’écoulent en quelques heures seulement.

Le nylon, une ressource stratégique

L’idylle entre le nylon et la mode s’arrête net en décembre 1941, lorsque les États-Unis entrent dans la Seconde Guerre mondiale. Le nylon devient une ressource militaire hautement stratégique.

Toute la production est réquisitionnée pour fabriquer des parachutes (qui dépendaient autrefois de la soie japonaise), des tentes, des cordages pour la marine et des pneus de bombardiers. Les femmes sont même invitées à donner leurs bas usagés pour les faire fondre et soutenir l’armée. Privées de bas, certaines jeunes femmes vont jusqu’à se peindre les jambes avec du maquillage et à dessiner la couture arrière au crayon de sourcils !

À la libération en 1945, la production civile reprend, mais la demande est tellement immense que DuPont ne parvient pas à suivre. Cela déclenche les « Nylon Riots » (les émeutes du nylon) à travers l’Amérique. À Pittsburgh, une foule de 40 000 personnes fait la queue en pleine rue pour tenter d’obtenir l’une des 13 000 paires disponibles, provoquant de véritables bagarres.

Le nylon débarque en Europe dans les bagages des soldats américains (les G.I. s’en servaient d’ailleurs comme monnaie d’échange très efficace). En quelques années, le nylon quitte les jambes des femmes pour envahir toute l’économie : On le retrouve dans les révolutionnaires K-ways, mais aussi les maillots de bain, les vêtements de sport, les filets de pêche géants car plus légers et imputrescibles, les brosses à dents, les cordes de guitare, les moquettes, etc.

Une légende urbaine prétend que NY-LON signifie New York – London. En réalité, DuPont cherchait simplement un nom qui sonne bien, qui ne soit pas déjà déposé, et qui se termine en -on (comme coton ou rayon). Le comité a d’abord pensé à No-run (qui ne file pas), puis l’a transformé en Nylon.

Aujourd’hui, le nylon est partout. Mais son incroyable résistance — qui a fait son succès au XXe siècle — est devenue son principal défaut écologique au XXIe siècle, puisqu’il met des centaines d’années à se dégrader. C’est pour cela que la nouvelle page de son histoire s’écrit désormais à travers le recyclage !

Le recyclage signé Syntetica

« L’industrie textile mondiale fait face à un défi environnemental majeur : aujourd’hui, moins de 1 % des textiles sont recyclés. La majorité des vêtements techniques contiennent des fibres synthétiques mélangées, rendant leur recyclage complexe, voire impossible, par les méthodes conventionnelles.

 Syntetica a développé un procédé chimique propriétaire, fonctionnant à basse température, capable de recycler directement des textiles mélangés riches en nylon, sans pré-tri, pour produire des Nylon 6 et Nylon 6,6 recyclés de haute pureté, compatibles avec les applications textiles, automobiles et industrielles.

Le projet pilote installé au Centre des Matériaux Durables vise un recyclage de plusieurs tonnes de textiles dès la phase initiale, avec une montée progressive vers des volumes industriels pour le futur projet démonstrateur à partir de 2027. »

Marco Bertone, cofondateur et PDG de Syntetica : « L’installation de notre pilote au Centre des Matériaux Durables marque une étape décisive pour Syntetica. L’expertise industrielle et la rigueur opérationnelle mises à disposition par Michelin constituent un levier clé pour faire passer notre technologie à l’industrialisation »

Patrice Kéfalas, directeur du Centre des Matériaux Durables, ajoute : « Le Centre des Matériaux Durables a été conçu pour accompagner ce type de technologies de rupture vers l’échelle industrielle. La collaboration avec Syntetica illustre notre ambition de mettre l’expérience industrielle de Michelin au service de solutions concrètes pour accélérer la circularité des matériaux. »

 


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Pierre-Edouard Laigo

Directeur et Rédacteur en Chef

Communicant qui aime marier des entreprises de la région


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