Energie, un plan sur 10 ans entre décarbonation et souveraineté

Le 13 février 2026, le Gouvernement a publié la nouvelle édition de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) et son annexe la Stratégie de développement des mobilités propres (SDMP), documents qui présentent la politique énergétique de la France pour répondre aux enjeux de consommation et de production d’énergie sur la période 2026-2035. Chaque Programmation pluriannuelle de l’énergie porte sur deux périodes successives de 5 ans. On décrypte…

Une stratégie pour une meilleure énergie

L’actualisation de la PPE s’inscrit dans une stratégie de transition globale qui vise à assurer la disponibilité de l’énergie à un coût maîtrisé, à atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050 et à adapter la France au changement climatique.

Cette planification pour une énergie durable, abondante et souveraine est largement souhaitable pour l’ensemble de l’économie française après la grosse crise énergétique que nous avons connue et qui continue à mettre en difficultés les entreprises. Garantir la souveraineté de la France, en assurant la disponibilité des ressources énergétiques nécessaires à notre économie et nos ménages, rendre l’énergie accessible, pour les Français et nos entreprises, à des prix maîtrisés, compétitifs et abordables, tout en décarbonant le mix énergétique et permettre l’accès à des mobilités bas carbone sur l’ensemble du territoire sont certes des obligations, qui ne doivent pas devenir des vœux pieux.

Gouverner c’est prévoir, le dire c’est bien mais le faire c’est mieux

La promesse politique est de réduire notre dépendance aux énergies fossiles importées pour assurer notre souveraineté. Cela passe par deux objectifs concomitants : à la fois accroître les énergies renouvelables et développer le nucléaire. Ensuite il ne faut pas brader notre énergie nucléaire aux pays qui n’ont pas voulu faire ce choix depuis 50 ans.

Pour mieux consommer il faut investir, favoriser une utilisation rationnelle de l’énergie et gagner en efficacité énergétique.

Augmenter la production de toutes les énergies souveraines et décarbonées

Le modèle énergétique actuel atteint ses limites avec des énergies fossiles qui représentent encore près de 60 % de notre consommation finale d’énergie. Ces importations menacent notre souveraineté et contribuent au dérèglement climatique avec des conséquences irréversibles sur l’environnement et la vie quotidienne des Français. Il faut donc accroître les capacités de notre parc nucléaire, développer les énergies renouvelables, et réduire notre consommation des énergies fossiles importées.

Nucléaire : le PPE prévoit le lancement d’un programme de construction de nouveaux réacteurs (EPR2) et redressement de la disponibilité du parc existant pour atteindre un niveau de production de 380 TWh/an.

Petit rappel du nucléaire en France

Pour construire son avenir il faut aussi tenir compte de son passé. L’histoire du nucléaire en France, c’est un peu comme une saga épique : on y trouve de la grandeur gaullienne, des défis technologiques colossaux, quelques crises d’adolescence et, récemment, un grand retour en force.

Juste après la Seconde Guerre mondiale, la France veut retrouver son rang de grande puissance. En 1945, le général de Gaulle crée le CEA (Commissariat à l’énergie atomique). L’objectif est double : civil (produire de l’électricité) et militaire (la bombe). En 1948, « Zoé », la première pile atomique française, diverge au fort de Châtillon. La France développe sa propre technologie, l’Uranium Naturel Graphite Gaz. C’est du « made in France » pur jus qui ne nécessite pas d’uranium enrichi (que nous n’avions pas à l’époque).

Dans les années 60, c’est l’époque de la bataille entre le CEA (partisan de l’UNGG) et EDF (qui lorgne sur la technologie américaine). Finalement, en 1969, la France abandonne l’UNGG au profit du REP (Réacteur à Eau Pressurisée), sous licence Westinghouse. C’est ce modèle qui compose la quasi-totalité de notre parc actuel.

Suite au premier choc pétrolier de 1973, le Premier ministre Pierre Messmer lance un programme massif. Le slogan de l’époque résume tout : « En France, on n’a pas de pétrole, mais on a des idées. ». L’objectif est de passer au « tout nucléaire » pour assurer l’indépendance énergétique. Cela se concrétise par la construction de près de 50 réacteurs en vingt ans. C’est un effort industriel sans précédent qui permet à la France d’avoir aujourd’hui l’une des électricités les moins carbonées d’Europe.

Dans les années 2000, après l’euphorie vient une période de flottement : L’EPR, le réacteur de troisième génération, censé être le fleuron de l’export, accumule les retards et les surcoûts à Flamanville. Fessenheim : Sous la pression politique et écologique, la fermeture de la doyenne des centrales est actée (elle fermera définitivement en 2020). Transition énergétique : On parle de réduire la part du nucléaire à 50 % dans le mix électrique.

La relance après 2022. Le vent a tourné. Entre la crise climatique et les tensions géopolitiques (guerre en Ukraine), le nucléaire est redevenu « tendance ». Après plusieurs années de louvoiements politico-électoralistes, en 2022, à Belfort, Emmanuel Macron annonce la construction de 6 nouveaux réacteurs EPR2, avec une option pour 8 supplémentaires. Aujourd’hui, en 2026, la France est pleinement engagée dans ce grand carénage pour prolonger la vie des centrales actuelles et préparer le nouveau parc.

Le parc français se compose de 32 réacteurs de 900 MW (les plus anciens), 20 réacteurs de 1300 MW, 4 réacteurs de 1450 MW (N4), et un seul EPR (1600 MW) à Flamanville.

Les autres filières électriques

Pour ce qui concerne l’éolien en mer, le plan prévoit d’atteindre 15 GW de puissance mise en service en 2035. Pour sa version terrestre, il souhaite « un maintien du rythme actuel de développement de +1,3 GW/an. Les rythmes de déploiement pourront être ajustés en tenant compte des prévisions d’évolution de la consommation d’électricité. »

Sur la question du photovoltaïque, il préconise de « multiplier par 3 la puissance installée à l’horizon 2035. Jusqu’à 2028 : maintien du rythme maximal de soutien public prévu par la PPE 2. Les rythmes de déploiement pourront être ajustés en tenant compte des prévisions d’évolution de la consommation d’électricité. »

Enfin, sur l’hydroélectricité, il souhaite une hausse de notre capacité de +2,8 GW en incluant notamment des stations de transfert d’énergie par pompage (STEP).

Le plan pour les filières non électriques

L’objectif est de déployer 8 GW de capacités d’électrolyseurs à hydrogène, et multiplier par six la production de biométhane d’ici 2035, doubler le volume de biocarburant consommé entre 2023 et 2035, remplacer progressivement la chaleur consommée d’origine fossile par de la chaleur renouvelable et de récupération, en multipliant celle-ci par deux sur la même période, et enfin, multiplier par deux à trois l’énergie fournie par les réseaux de chaleur d’ici 2035 avec une part d’énergies renouvelables et de récupération atteignant 80 %.

Développement des mobilités propres

La stratégie de développement des mobilités propres (SDMP), annexée à la PPE vise à accélérer la décarbonation et la transition énergétique des transports terrestres. Elle se décline autour de 5 leviers : la maitrise de la demande en transport, la transition vers des modes de transport alternatifs, l’augmentation du taux d’occupation moyen de tous les types de véhicules, l’amélioration de l’efficacité énergétique des différents modes, et le verdissement des motorisations, avec en particulier l’électrification des véhicules.

Pour en savoir plus sur cette stratégie, cliquez ICI

 

Pour télécharger la PPE, c’est ICI 

Une stratégie dans la continuité ?

Proposer un plan pluriannuel de l’énergie, d’une durée de 2 quinquennats, l’année précédant l’élection présidentielle, c’est aussi prendre le risque de le voir raboté ou totalement abandonné. Espérons que le pragmatisme économique prévaudra sur les doctrines politiciennes.

 

 


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Pierre-Edouard Laigo

Directeur et Rédacteur en Chef

Communicant qui aime marier des entreprises de la région


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