Michelin se lance dans la joint-aventure

Ce début d’année est riche d’annonces de rachat de leaders centenaires américains, par notre manufacture clermontoise, pour sa branche Polymer Composite Solutions. Après Cooley Group et Tex Tech Industries début janvier (lire l’article), c’est le leader mondial du joint de haute performance, Flexitallic, créé en 1912, qui a aiguisé l’appétit  du leader mondial du pneumatique, pour encore renforcer son leadership dans le domaine des joints.

Une stratégie de renfort

Le groupe Michelin est désormais un acteur majeur dans le domaine du joint d’étanchéité et des polymères de haute technologie.

Cette présence s’inscrit dans la stratégie « Autour et au-delà du pneu » du groupe, qui vise à réduire sa dépendance au seul marché pneumatique en capitalisant sur son expertise historique des matériaux souples.

Michelin s’est imposé dans ce secteur avec une acquisition clé, celle de Fenner PLC en mai 2018, l’un des leaders mondiaux des produits polymères de haute technicité, et notamment des bandes transporteuses. Cette acquisition a permis à Michelin d’intégrer des marques de référence mondiale dans l’étanchéité, notamment Hallite, marque emblématique spécialisée dans les joints hydrauliques et pneumatiques pour les engins de construction, l’agriculture et l’industrie minière, et Fenner Precision, qui conçoit des solutions d’étanchéité et des courroies de précision pour des secteurs très pointus comme le médical, l’aéronautique ou les énergies renouvelables.

Aujourd’hui, Michelin (via ses filiales) fournit des joints pour des environnements extrêmement exigeants comme l’aéronautique et la défense (joints de fuselage, de moteurs, de hublots), l’énergie (solutions d’étanchéité pour l’industrie pétrolière, gazière et l’éolien) et le médical (Composants en silicone de haute pureté pour les dispositifs de santé).

Pour Michelin, fabriquer un pneu ou un joint industriel repose sur le même socle de compétences : la maîtrise de la chimie des polymères (caoutchouc, élastomères, composites). En se diversifiant dans le joint, le groupe profite de marges souvent plus élevées que dans le pneu grand public et s’assure une présence dans des industries en pleine croissance.

Michelin ambitionne de réaliser 20 % à 30 % de son chiffre d’affaires dans des activités hors-pneu d’ici 2030, et le secteur des joints et matériaux de haute technologie en est le principal moteur.

Qui est Flexitallic ?

L’histoire de Flexitallic, c’est un peu la success-story de l’accessoire indispensable dont personne ne parle, mais sans lequel l’industrie moderne exploserait (littéralement). Si Michelin est le roi du pneu, Flexitallic est le maître incontesté du joint d’étanchéité industriel. Voici les grandes étapes de cette saga technologique :

1912 : L’étincelle de génie à Camden

Tout commence à Camden, dans le New Jersey. Un immigrant allemand, Henry Bohmer, fonde la Flexitallic Gasket Company. À l’époque, l’industrie tourne à la vapeur, et les pressions augmentent de plus en plus. Les joints plats traditionnels ne tiennent plus le choc.

Bohmer a alors une idée révolutionnaire : le joint spiralé (Spiral Wound Gasket). En alternant des couches de métal en forme de « V » et un matériau de remplissage souple, il crée un joint « ressort » capable de se comprimer et de se détendre selon les variations de température et de pression.

L’ascension et l’ADN « Bleu »

Pendant des décennies, Flexitallic accompagne les plus grands défis d’ingénierie comme la conquête navale et pétrolière : Leurs joints deviennent la norme sur les navires de guerre et dans les raffineries de pétrole. « La réputation de Flexitallic a été établie dans les années 1940 quand l’amiral « Bull » Halsey de la marine américaine a rappelé sa flotte et a fait équiper six cuirassés avec des joints Flexitallic. Les joints Flexitallic ont considérablement aidé à prévenir les fuites de vapeur qui limitaient la puissance des bateaux par mer agitée. Les demandes de navires commerciaux ont rapidement suivi. »

La société a eu le coup de génie de colorer ses joints. Si vous voyez un joint industriel avec un anneau extérieur bleu, c’est la signature Flexitallic (souvent copié, jamais égalé pour les puristes).

Le tournant des matériaux : L’après-amiante

Pendant longtemps, comme tout le secteur, Flexitallic utilisait l’amiante comme isolant dans ses spirales. Face aux enjeux de santé publique dans les années 80-90, l’entreprise a dû se réinventer. Elle a alors investi massivement dans la R&D pour créer des matériaux alternatifs performants, aboutissant à l’invention du Thermiculite en 1998. Ce matériau à base de vermiculite exfoliée a permis de sceller des fluides à des températures extrêmes (plus de 1000°C), là où le graphite échouait.

Expansion mondiale

Flexitallic n’est plus une petite boîte américaine depuis longtemps. Elle est passée par plusieurs mains (dont le groupe britannique Turner & Newall). Aujourd’hui, elle appartient au Flexitallic Group (détenu par la holding d’investissement Bridgepoint jusqu’en 2013, puis d’autres structures). Le groupe possède désormais des usines aux quatre coins du globe (États-Unis, Royaume-Uni, France, Émirats Arabes Unis, etc.) et a racheté d’autres spécialistes comme Custom Rubber Products.

Une importance stratégique

Aujourd’hui, si vous travaillez dans le nucléaire, le pétrole, la chimie ou l’aérospatiale, vous croisez du Flexitallic partout. Ils ne vendent pas juste des « bouts de métal et de gomme », ils vendent la sécurité des installations critiques.

On pourrait dire que Flexitallic est pour le joint ce que Frigidaire est au réfrigérateur : un nom propre devenu presque un nom commun dans les salles de maintenance des usines.

Flexitallic est basé à Houston, au Texas, emploie environ 1 200 personnes et a réalisé un chiffre d’affaires d’environ 220 millions de dollars en 2025.

 

 


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Pierre-Edouard Laigo

Directeur et Rédacteur en Chef

Communicant qui aime marier des entreprises de la région


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