Le courrier des entreprises

Dossier : « Do you speak English ? »

Dans le classement Education First des pays maitrisant le mieux l’anglais, bizarrement la France ne fait pas partie des dix premiers… Elle n’est que 32ème, soit l’avant dernier en Europe devant l’Italie. Quand on envisage l’avenir au niveau mondial, que l’on parle d’export, l’enjeu de la maitrise de la langue de Shakespeare est flagrant.

Deux heures et demie d’anglais seulement

En discutant avec des professeurs d’anglais qui souhaitent rester anonymes, et on les comprend, on apprend ce constat sidérant : en cumulé, pendant toute sa scolarité, un élève français moyen ne parle anglais que deux heures et demie !!! Eh oui, quand on a plus de 25 élèves par classe de collège, à raison d’une phrase de 10 secondes par cours, on peut imaginer que cela ne suffise pas pour se sentir compétent en anglais. « entendre de l’anglais ne suffit pas »

C’est pour cela que quelques établissements s’équipent en laboratoire de langues multimédia efficace afin d’augmenter le temps réel de discussion en Anglais. La méthode « repeat after me » est la plus utilisée.

Au Japon, qui fait figure de mauvais élève en Asie, 500 écoles accueillent même des robots-profs d’anglais pour tenter d’intéresser les élèves aux langues étrangères et palier la pénurie de professeurs d’anglais compétents.

Qu’en est-il de l’enseignement supérieur ?

Nous avons analysé l’enquête menée par Linguaphone sortie en janvier 2021 auprès de 106 personnes représentant 76 établissements du secteur privé dans tout l’hexagone dont la quasi-totalité proposent de l’alternance (lycées professionnels post-bac, CFA, centres de formation professionnelle, écoles de commerce, etc.). En voici les résultats :

81% se sentent concernés

81% estiment que la préparation à des carrières en contexte international fait partie de leur mission, mais c’est 100% des groupes d’ écoles (62% pour les CFA) « C’est une compétence de plus en plus demandée par les entreprises. Critère d’employabilité » «De plus en plus de diplômés envisagent un départ après les études».

77% des répondants considèrent que l’offre en matière de langues étrangères est un enjeu stratégique pour l’attractivité de leur établissement et pour attirer étudiants et entreprises, 52% des établissements sondés publient leurs résultats aux examens et tests de langue (les autres préfèrent éviter d’en parler)

La motivation pour les langues étrangères est très diverse

Pour certains «Les étudiants sont de plus en plus conscients des enjeux internationaux et souhaitent optimiser leurs compétences linguistiques en montrant une exigence croissante pour la qualité des enseignements de langues» et «Sont motivés par l’apprentissage des langues et l’interculturel ; cela dépend du cursus dans lequel ils sont engagés».

Mais pour d’autres, surtout dans les CFA et les écoles spécialisées : «Le niveau moyen est très faible et la plupart n’ont pas de vocation internationale» «Hormis pour les BTS CI et Tourisme, les langues ne sont clairement pas leur priorité»

 

Partir à l’étranger, ça tente !

Surtout dans les écoles de commerce, 39% des répondants estiment qu’au moins la moitié des élèves est motivée par une expérience à l’étranger pendant leurs études (y compris ERASMUS+). Etendre la pratique des langues en dehors des cours spécifiquement dédiés apporte de nombreux bénéfices, notamment pour offrir une pratique dans un contexte plus proche de leurs futurs métiers et valoriser la langue étrangère comme vecteur de communication.

Certaines écoles –notamment celles accueillant un public international -animent une partie du cursus directement en anglais. D’autres tentent de faire chevaucher les cursus «langues» et d’autres disciplines.

Les résultats obtenus des enseignements en langues ne donnent pas satisfaction

Pour les 2/3 des réponses l’enseignement est « moyennement », » peu » ou « pas » performant, dans les formations en alternance et dans celles pour qui le sujet est un enjeu stratégique. La moitié n’atteignent pas les objectifs des cours de langues car généralement les étudiants ne possèdent pas un niveau suffisant à l’entrée.

Les finalités : des bons scores aux tests et des compétences opérationnelles

Deux finalités des formations en langues sont perçues comme contradictoires : Doter les jeunes de compétences opérationnelles et aussi préparer les jeunes pour obtenir un bon score aux tests sur papier.

Le digital fait son chemin –mais il reste beaucoup à faire.

Seuls 50% des répondants estiment que le digital est “beaucoup” ou “totalement” exploité en appui à l‘enseignement des langues…mais encore une fois, une disparité dans les réponses entre les groupes d’écoles et les CFA. Les 2/3 estiment que les cours de langues peuvent être animés aussi bien à distance qu’en présentiel.

Les opinions divergent sur la place du distanciel dans l’enseignement

Les directions d’établissement et responsables pédagogiques sont plutôt convaincus : «Prépondérante», «Impératif»,  «Essentiel», «Important», «Très présente», «Incontournable» qui permet une grande flexibilité quelle que soit la situation conjoncturelle, et adapté à l’oral…

…Alors que les enseignants beaucoup moins : « cela rajoute de la complexité à l’apprentissage et ne favorise pas la concentration» «Il restera utile, mais ne prendra pas la place du présentiel» «Ce n’est pas une manière efficace d’enseigner les langues, j’espère en avoir de moins en moins besoin mais je crains que le contraire s’avérera» «Le distanciel est peu plébiscité. Il faut forcer les étudiants à se connecter» «Peu adapté  à des étudiants qui ont des difficultés avec l’anglais. C’est beaucoup plus difficile pour le formateur de capter leur attention et de les faire parler» . Les échanges leurs semblent moins spontanés et plus impersonnels.

Les 2/3 pensent ne pas pouvoir reproduire à distance les programmes conçus pour le présentiel. «La réussite de l’enseignement des langues en distanciel implique une très bonne motivation. Mais il n’y a aucun doute que les cours virtuels deviennent de plus en plus importants»

Les pistes

Créer des groupes plus homogènes, avec des tests de niveau à l’entrée, un effectif restreint sur des créneaux plus courts et plus ludiques et «Les professeurs doivent modifier leur enseignement et supports de cours, ils doivent se former à d’autres outils» pour privilégier un mode hybride. «Il serait très intéressant de mener des partenariats avec des écoles étrangères pour mener à bien des échanges peer to peer (challenges, business games à  distance )»

Pour tous, l’e-learning est essentiel mais pas suffisant

L’intérêt est d’exploiter le temps « asynchrone » en créant des compléments individualisés, pouvoir se former partout à toute heure et chacun à son rythme par des prises de niveaux réguliers, pour une  montée en compétences selon l’engagement.

« Les élèves voyagent de plus en plus (en dehors de leurs études) et ils ont accès à énormément de ressources. Leurs attentes sont grandes et ils sont souvent déçus par l’enseignement des langues dans le secondaire.  Ils ont une envie d’améliorer les compétences peu travaillées au collège et au lycée (oral et écrit). Objectif : développer l’anglais comme un moyen de communication et non pas une matière scolaire»

«L’imposition d’un test externe pour valider les diplômes BTS serait une bonne chose car cela permettrait à nos étudiants d’avoir une reconnaissance supplémentaire et de valoriser ces formations».

We still have a long way to go… but there is a way

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Pierre-Edouard Laigo

pierre-edouard.laigo@lecourrierdesentreprises.fr
port. 06 59 056 026

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